Joseph Cambau et Victor Giannotta

Le châtaignier, la hâche et l'objectif.

Les photos de Joseph témoignent de lieux délaissés par leurs propriétaires en Cévennes. Elles nous disent qu'il y a de la place mais qu'il faut construire cette place, une place à vivre autant qu'une place à se faire dans le tissu social montagnard. Beaucoup de personnes préfèrent abandonner leurs maisons plutôt que de les vendre, ultime paradoxe où abandonner revient à garder pour soi. Les assises et objets sculptés par Victor en bois trouvé, abandonné ou gardé par les anciens viennent multiplier les points de vue. Il est permis de s'asseoir dans le paysage fabriqué par les mains de plusieurs générations, de contempler les choses qui tournent, qui pendent, parce qu'il y a de la place pour n'importe qui, même pour ne rien faire et juste faire partie de l'ensemble.

Machiniste sur des tournages le reste du temps, Joseph récupère son appareil argentique dès qu'il rentre en Lozère. La mécanique de la photo ancienne stimule son regard et l'incite à capturer même le geste le plus simple. Une série de photos faites en Cévennes a été montrée à l'église de Molezon en août dernier dans le cadre d'une exposition personnelle. Archiviste malgré lui, les images d'époques qu'il trouve de semaines en semaines dans les vieux cartons de chez lui croisent le regard de celui qu'il porte sur le monde de maintenant. Ruines, découvertes, reconstruction.

Victor Giannotta invite avec émotion chaque branche à prendre place à sa table. Comme les individus d’une famille bavarde et complexe, les personnages qu’il sculpte deviennent bols, feuilles, sièges ou mobiles. Qu’importe leur fonction, ils se doivent d’être vivants et de rendre hommage à l’arbre qu’ils ont été.

Le bois devient tendre sous les outils de Victor. Influencé par un voyage au Japon, il s’applique à rendre sensible chacun de ses gestes et à porter une attention particulière à chaque objet. Les outils qu’il utilise sont archaïques, d’une fonction parfaitement maîtrisée qui s’accorde avec le geste : mesuré et précis. Tout son travail invite à prendre corps et à habiter poétiquement sa maison, son être et son monde.

écrit par Madeleine Froment de la lune

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